Histoire de Ventron

L’origine du nom de Ventron « Uberwinter » de winter : hiver ; winterhung : hivernage, logis d’hivers. Ce nom semble se rapporter à la chaume des Vintergès. Il servit également à désigner la chaume, la vallée avec le ruisseau et le village. Ventron conserve sa prononciation allemande comme marque de son origine.

Les alsaciens de la vallée de la Thur prononcent Vintron peut-être de l’allemand Wintherhon, nom d’une montagne suisse. Mais sur une carte du diocèse de Toul, dressée par Bugnon (imprimée en 1725), Ventron est écrit Vantrons qui fait partie des pays Leuquois plus particulièrement du pays de Havend 1048-1070, le pays était encore complètement désert au temps de Gérard d’Alsace, premier duc héréditaire de lorraine qui mourut à Remiremont.

Les abbayes de Münster et de Murbach furent fondées au VIIe siècle. Leurs religieux favorisèrent le défrichement et le développement du régime pastoral. Par la suite, l’accroissement de la population dans les vallées de la Fecht et de la Thur amena les marcaires à étendre leurs pâturages jusqu’au sommet des Vosges. Des alsaciens et des suisses obtinrent l’autorisation des seigneurs et ducs de Lorraine de construire des chalets avec écuries pour hiverner. Il y eut de véritables batailles rangées pour la possession des pâturages et des chaumes. Les premiers points habités furent sans contredits les chaumes et d’abord celles du Grand Ventron situées sur le sommet le plus élevé : Winterung (hivernage). Les marcaires y construisirent un chalet pour passer l’hiver. Plus tard, les premiers possesseurs de bétail descendirent dans la vallée et bâtirent des granges avec étables sur les flancs de la montagne où la neige était moins abondant. Les chaumes n’étaient plus occupées que pendant la belle saison.

Il est probable que c’est de cette façon que Ventron a été créé.

Au 10e siècle, l’abbaye de Remiremont était en relation avec tous les monastères d’Alsace, de Germanie et de Suisse par les cols de Bussang et d’Oderen. Il est donc probable que Ventron existait déjà puisqu’en 1255-1272 on parle de familles alsaciennes qui étaient parmi la population de la Bresse et de Ventron ; elles étaient venues par les cols de Bramont et d’Oderen.

Les premières habitations de Ventron furent érigées au Planois de la Chapelle. L’emplacement actuel du village n’était qu’un gravier formé des dépôts accumulés par les eaux du ruisseau du Rupt du Moulin. Le Plain en amont et en aval n’était qu’un marais où se répandaient au hasard les ruisseaux (torrents) venant des montagnes. Le bassin des Chauproyes était traversé par le chemin des marchands qui trafiquaient avec l’Alsace et ce vers le XIe siècle. Les constructions de cette époque n’existent plus. Nous savons qu’en 1523 Ventron comptait douze conduits (ou ménages) et avait un maire : Nicolas Aubertin, tenu de rendre compte au gouverneur d’Épinal. La première maison de Ventron-Village aurait été construite au lieu-dit anciennement « Le champ de Reposoure ». Une grange à la bruyère y fut annexée. Bientôt d’autres maison furent élevées, les ruisseaux redressés et encaissés, le terrain drainé et irrigué devint peu à peu tel que nous le connaissons. Les coteaux furent déboisés et, dans les vallons, partout où il y avait une source, des granges pour loger le bétail et le fourrage s’élevèrent.

Le fief primitif de Ventron était plus grand que maintenant car Travexin en faisait partie ; les limites étaient celles de la « répandise des eaux » et de « répandise des chaumes ».

Premiers habitants

Il est impossible d’établir une liste des familles qui ont habité primitivement Ventron, mais si nous examinons les noms des plus anciens censitaires, nous trouvons à la fin du XVIe siècle des Colin, Géhin, Henry, Jacquot, Valdenaire. Le nom de Colin (diminutif de Nicolas) est très répandu dans la vallée de la Moselotte. Il a donné naissance à une foule de dérivés, il est certainement l’un des plus anciens. Le nom de Géhin, venu de Jean, s’est formé dans les environs de Saint-Dié.

La famille Valdenaire viendrait du Freundstein, ancien château sur une ramification du massif de Guebviller, à la limite des communes de Willer et de Golbach cercle de Thann. Un fils cadet, chassé de chez lui, serait venu se fixer à Ventron et paupler le pays au point que le nom de Valdenaire dominait déjà dans la localité au XVIe siècle. Dans un acte passé à Cornimont le 8 octobre 1563, il est fait mention de plusieurs Valdenaire, notamment de Bastien Valdenaire, maire de Ventron. Un autre renseignement indique que trois fils Valdenaire, venant également de  Freundstein, seraient venus s’installer à Ventron.

En 1625, Ventron comptait 260 à 270 habitants dont 50 maisons. De 1631 à 1640, il n’y eu qu’une seule naissance à cause des ravages de la peste et de la guerre.

  • En 1710 : 48 habitants.
  • En 1830 : 1 287 habitants.
  • En 1867 : 1 333 habitants.
  • En 1889 : 1 346 habitants.

Avant 1571, le seigneur de Ventron était seul propriétaire et les habitants exploitaient ses terres comme tenanciers. A la mort du chef de famille, ses enfants, pour être laissés en possession de la tenure (ou ferme), des meubles même, devaient payer au seigneur le « droit de main morte ».

En 1571, M. d’Elley de Mailhanne, seigneur de Ventron, affranchit les habitants de la servitude de main morte seulement à l’égard des héritages immobiliers. Le tenancier devenait propriétaire du sol qu’il cultivait. Il eut le droit de se défaire de ses bien immobiliers (ventes, échanges), mais jamais en aucun cas les étrangers au village n’avaient le droit de posséder des héritages à Ventron. Si le propriétaire d’un immeuble quittait Ventron, il devait se défaire de ses biens au profit d’un résident dans les quatre années qui suivaient son départ, sous peine de confiscation au profit du seigneur.

En 1617, Jean des Porcelets de Mailhanne, évêque et comte de Toul, seigneur de Ventron, affranchissait définitivement les habitants.

Le 7 juin 1704, le seigneur de Ventron, Charles François de Serre, écuyer conseiller de son altesse royale à la Cour de Lorraine et Barrois a cédé ses forêts aux habitants.

La première chapelle fut construite sur la Bruche ; aujourd’hui cet endroit se nomme le Planois de la Chapelle, vraisemblablement vers la fin du 11e siècle, certainement à l’endroit où se trouvait le calvaire en bois.

En 1617 à l’initiative de Jean des Porcelets de Mailhanne, et peut-être en partie à ses frais, une chapelle fut édifiée au milieu du village (devant l’église actuelle).

En 1718, la même chapelle était agrandie, Ventron comptait alors 48 habitants.

En 1730, elle fut encore agrandie et convertie en église.

L’église actuelle a été commencée en 1841 et le gros œuvre terminé en 1848 ; la tour ne fut achevée qu’en 1854.

Messire Charles Redoubte, alors seigneur de Ventron fit abandon du tiers denier auquel il avait droit pour en couvrir les frais. La paroisse était érigée en vicariat résident. La même année, François Louis Vairoff, né à Ventron, fut le premier prêtre vicaire de la paroisse.

Nicolas Géhin, né à Ventron en 1754, fut sous-préfet de Toul pendant 14 ans, député à la chambre des représentants du peuple (mort en 1838).

Claude Valdenaire, né à Ventron en 1766, fut inspecteur de l’enregistrement – conseiller général.

Pendant un grand nombre d’années, le total des pensions liquides en faveur des anciens militaires retraités à Ventron était supérieur à celui des contributions payées par les habitants de la commune. C’est de Ventron qu’un des plus forts contingents de volontaires est parti en 1792 et il n’y a pas une commune des Vosges qui compte proportionnellement au nombre d’habitants autant de ses fils devenus officiers au service de la Patrie.

En 1814, lors du passage des alliés, les habitants de Ventron avaient construit, au col d’Oderen, trois redoutes et des tranchées ; actuellement on distingue encore les traces.

Un grand nombre d’hommes de Ventron se sont distingués au service de la Patrie. De 1790 à 1880, Ventron a fourni 19 officiers parmi lesquels on trouve le général Laurent, volontaire de 1789 qui était à la bataille de Lodi et du pont d’Arcole en Italie.

La commune de Ventron a perdu 64 de ses enfants au cours de la guerre 14-18 et 33 durant la guerre 39-45. Par ailleurs, tous les hommes de 15 à 60 ans (120) ont été déportés en Allemagne, où 8 d’entre eux furent tués. Le 9 novembre 1944, après 4 semaines de bombardement et de vie passée dans les caves, la population entière était évacuée ; 25 immeubles furent détruits et 237 autres endommagés.

Texte : source inconnue en provenance d’un article de journal, sans doute de mars 1987. Merci de me donner le nom de l’auteur de cet article pour le citer.